Bilan catastrophique du Syli de 2010 à 2017 : pourquoi des têtes doivent tomber ?

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Lors de la dernière prestation du Syli au stade du 28 septembre de Conakry, la Tunisie a infligé un score mémorable au onze guinéen (4-1) dans un stade quasi plein. Jamais, l’équipe sénior n’avait encaissé un score similaire ces décennies à domicile.

Pourtant, en venant au stade ce jour-là, les fans savaient que leur Syli avait perdu toute chance de se qualifier pour la Coupe du monde 2018. Cependant, par amour, ils ont payé les tickets, rempli le stade et acclamé leur idole. En le faisant, ils ne s’attendaient pas à une qualification, certes, mais ils voulaient une victoire pour l’honneur.

Tout avait bien démarré pour la Guinée, quand, à la surprise générale, le capitaine Naby Keita trouva l’ouverture du score à la 36e minute. Tout le stade se leva pour danser. Jusque-là, la réconciliation entre les pachydermes et leur fan était presque acquise.

Cependant, à trois secondes de la mi-temps, les Tunisiens créèrent l’exploit en égalisant. Pis, au retour des vestiaires, les hôtes plantèrent encore trois superbes buts (4-1). Là, c’était le comble de la foutaise. Aussitôt, les fans crièrent : « Lappé zéro ». D’autres allèrent jusqu’à jeter des bidons d’eau sur leur star. Il a fallu l’intervention-éclair de la police anti-émeute pour sortir les joueurs de là. C’était pitoyable.

Au lendemain de cette humiliation, les langues se délient, les fans demandent des comptes et les acteurs concernés se rejettent la responsabilité. Mais dans ce tohu-bohu, il est difficile de trouver le coupable, tant les avis se contredisent, telle une police piégée qui lance des bombes lacrymogènes dans la foule pour se frayer un chemin.

Quand les fans demandent, par exemple, le départ de Lappé Bangoura et le recrutement d’un expatrié, celui-ci appelle à l’indulgence sous prétexte qu’il ne dispose d’une grande équipe à l’image d’autres nations, oubliant que le Liberia s’était qualifié à la CAN 1996 sous la bénédiction d’un seul grand joueur, Georges Weah.

Quant aux autorités, les avis sont partagés. Les unes soutiennent que l’équipe est en reconstruction et qu’il faut du temps pour obtenir des résultats. D’autres, par contre, accusent certains joueurs qui voyagent avec les filles ou qui font des virées nocturnes. D’autres enfin lient cet échec au manque de centres de formation en Guinée.

Toutes ces critiques sont, en partie, fondées mais la vraie raison de l’échec du Syli pourrait être ailleurs. C’est justement ce que votre quotidien en ligne, Guinéenews, tente de démontrer dans ce papier, en se basant des bilans du Syli de 2010 à 2017.

De mai 2010 au mois d’octobre 2017, le Syli a connu trois entraîneurs, quatre ministres et deux présidents de fédération. En sept ans, il n’a pas participé à une phase finale de coupe du monde, encore moins franchir les quarts de finale d’une CAN.

Pour preuve, la Guinée ratera les CAN de 2010, 2013 et 2017 mais participera aux CAN de 2012 et 2015. Éliminée au premier tour en 2012 au Gabon, elle fera mieux en 2015, après sa qualification critiquée par tirage au sort, mais chutera aux quarts de finale. En coupe du monde, par contre, elle ratera les éditions de 2010, 2014 et 2018.

A sa nomination en janvier 2010 à la tête du ministère des sports, Aboubacar Titi Camara héritait d’une situation compliquée. La Guinée venait d’être éliminée à la CAN 2010 et à la Coupe du monde 2010. Il fallait trouver un entraîneur de haut niveau pour remplacer le collège d’entraineurs locaux, qui n’avait pas donné satisfaction.

Réengagé en mai 2010, après son premier passage de 2002 à 2004 à la tête du Syli, le technicien français, Michel Dussuyer, fut rappelé pour la deuxième fois. L’homme réussit à qualifier le Syli à la CAN 2012. Son équipe devient la révélation du tournoi à cause de son beau football mais pliera ses bagages dès le premier tour.

En octobre 2012, le gouvernement du premier ministre d’alors, Saïd Fofana est réaménagé. Conséquence, Sanoussy Bantama Sow succède à Titi Camara aux sports. Il y restera jusqu’à la formation du nouveau gouvernement en janvier 2014. Sous son règne, toutes les équipes nationales seront éliminées des compétitions africaines et internationales. Le Syli ne participera ni à la CAN 2013, ni au mondial 2014.

Au lendemain des législatives de 2014, Domani Doré est nommée ministre des sports. Elle y restera jusqu’en janvier 2016. Sous sa conduite, la Guinée prendra part à une édition de CAN en 2015, après une campagne de qualification difficile. A cause d’Ebola, la Guinée était contrainte de jouer ses matches à domicile au Maroc.

Au lendemain de l’élimination du Syli aux quarts de finale de la CAN 2015, Michel Dussuyer rend le tablier. Il est aussitôt remplacé par le français, Luis Fernandez, qui prend l’équipe à un moment où celle-ci une profonde crise. Un choix fortement critiqué. Conséquence, la Guinée sera éliminée de la CAN 2017 au profit du Zimbabwe.

Au lendemain du scrutin présidentiel de 2015, Siaka Barry hérite du ministère des sports avec une mauvaise nouvelle : l’Etat n’est plus prêt à engager un expatrié. Auréolé de son exploit au CHAN 2016, Lappé Bangoura prend les rênes du Syli A.

Cependant, depuis sa nomination en juillet 2016, Lappé a dirigé douze matches officiels, toutes compétitions confondues pour six victoires, quatre défaites et deux nuls, soit 19 buts encaissés en douze matches contre 15 buts inscrits. Quant à Fernandez, il a totalisé quatre victoires, trois nuls et deux défaites en neuf matches.

En douze matches donc, Lappé Bangoura a réalisé deux victoires, belles mais accidentelles. La victoire arrachée à Bouaké (3-2) face à la Côte d’Ivoire (3-2) lors de la première journée des éliminatoires de la CAN 2019, et celle de 2-1 infligée aux champions d’Afrique, le Cameroun (2-1), en match amical disputé en Belgique.

Ces victoires sont accidentelles, quand on voit le Syli A qui perd en juin 2016 contre le Swaziland, qui se fait battre à Monastir par une équipe Libyenne sans identité et qui croule devant la Tunisie sur ses propres terres et devant ses fans (1- 4).

De tout ce qui précède, on peut y tirer une conclusion : le mal qui gangrène le football guinéen est profond pour trois raisons. D’abord, Lappé Bangoura ne peut en aucun cas attendre l’humiliation du Syli à Conakry pour crier au manque des joueurs.

Au lendemain de sa nomination, une équipe avait fait le tour en Europe pour présenter le projet du nouveau coaches aux binationaux. Au retour de leur tournée, ils avaient promis le retour du jeune Amadou Diawara, de Bouna Sarr. Depuis, rien.

Ensuite, le ministère des sports, qui convoque une soit- disante réunion d’urgence après l’humiliation du Syli, a intérêt à revoir sa copie. Si l’Etat n’est pas prêt à engager un entraîneur de haut niveau, ce n’est pas la peine d’engager les équipes nationales. Pire, le stade de Nongo est disponible depuis des années, incapable de l’achever.

Enfin, la fédération a sa part de responsabilité. Si elle veut la rupture, elle ne peut pas cautionner que des joueurs se voient avec les filles ou s’octroient des virées nocturnes.

Pour toutes ces raisons, des têtes doivent tomber, et maintenant.

 

Source : guineenews.org

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