Education : « les programmes enseignés sont à 85% vétustes », se plaint Sory Keita du CFP de Fria

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Le Centre de Formation Professionnelle (CFP) de Fria a été créé en 1979 par l’Etat guinéen grâce à la coopération russe. La démarche visait à former des ouvriers qualifiés en vue de faciliter leur insertion à l’usine d’Alumine de Friguia.  Aujourd’hui, le directeur général de cette école trouve que les cours qui y sont dispensés sont d’une autre époque.

Dans une interview accordée à un reporter de Guineematin en séjour à Fria, monsieur Sory Kéita est revenu sur les nombreuses difficultés qui assaillent son établissement.

Guineematin.com : faites-nous une présentation du CFP de Fria 

Sory Keita : Le CFP de Fria a été créé en 1979 par l’Etat guinéen en partenariat avec  la compagnie Friguia d’alors, notamment pour la formation des ouvriers qualifiés capables de travailler soit dans l’entreprise ou dans les entreprises qui tournaient au tour de la compagnie, dans trois filières notamment : le Génie Electrique, le Génie Mécanique et le Génie Civil. En Génie Mécanique, nous avons la mécanique automobile et la chaudronnerie ; en Génie Electrique, il y’a l’électricité industrielle et bâtiment ; et, en Génie Civil, nous avons la maçonnerie, la menuiserie et la plomberie. Ce sont les six filières enseignées ici chez nous.

Guineematin.com : quel est l’effectif total dans les six options ?

Sory Kéita : actuellement, il y a 375 étudiants dont 24 filles. Ils sont répartis comme suit : 1er année, 160 dont 10 filles ; 2ème année, 122 dont 10 filles ; et la 3ème année, 93 dont 4 filles.

Guinematin.com : que peut-on retenir de l’état d’avancement des cours ?

Sory Kéita : malgré le retard que nous avons accusé au mois d’octobre et au mois de mars, l’espoir est permis parce que pratiquement, il nous reste qu’une seule semaine pour rattraper ce retard-là. Je veux dire certainement, d’ici la fin du mois de mai on sera à 100% de nos programmes. Le retard était dû notamment au mot d’ordre de grève de la centrale syndicale SLECG, version Aboubacar Soumah.

Guineematin.com : justement après ces deux grèves, quelle a été votre stratégie pour compenser le temps perdu ?

Sory Kéita : pour rattraper ce retard, nous avons surtout pioché au niveau du temps des travaux pratiques parce que là, nous évoluons encore avec les anciens programmes qui ont été élaborés depuis l’année 1985. Donc, des programmes qui sont très vétustes maintenant et qui ne sont plus adaptés au besoin du marché de travail. Comme on a trois jours de travaux pratiques, on prenait deux heures  ou quatre heures par semaine  pour se consacrer au rattrapage des cours théoriques perdus.

Guineematin.com : vous dites que vos programmes sont à 85% vétustes, quelles sont les autres difficultés que vous rencontrez ?

Sory Kéita : les problèmes ne finissent jamais, surtout dans un centre de formation professionnelle. Nous, au niveau de l’enseignement technique et de la formation professionnelle, nous sommes basés sur trois piliers. Le premier pilier c’est les programmes de formation, parce que si le programme n’est pas adapté au besoin du marché de l’emploi, on va former des chômeurs. Le deuxième volet, c’est les équipements, les ateliers et la matière d’œuvre ; et le troisième pilier, c’est la formation. Donc, si nous prenons les programmes, je vous l’ai dit tantôt que nos programmes ont été élaborés depuis l’année 1985 c’est-à-dire à 85% vétustes. Don, ces programmes ne sont plus adaptés au besoin du marché du travail.

En ce qui concerne les équipements et les ateliers, les équipements que nous avons maintenant sont venus au même moment de l’implantation de ces programmes. Il va de soi que ces équipements sont vétustes. En ce qui concerne la formation, nous venons de recevoir une trentaine de jeunes formateurs mais qui n’ont pas reçu de formation pédagogique. Et normalement, si les programmes sont adaptés au besoin du marché du travail, donc les programmes sont élaborés selon l’approche par compétence et il va falloir former aussi les nouveaux enseignants à l’exploitation de ces programmes et à l’utilisation du matériel qu’on mettra à leur disposition.

Guinematin.com : au moment de l’arrêt de l’usine Friguia, votre CFP était confronté à de multiples problèmes. Vous confirmez cette information ?

Sory Kéita : oui, il y avait beaucoup de problèmes parce que l’école dépendait principalement de cette usine-là. Alors les 4 à 5 ans d’arrêt de l’usine ont été un coup dur pour la formation au CFP de Fria. Notamment, ça s’est ressenti d’abord sur l’effectif. L’effectif a baissé de façon drastique  parce que les enfants qui viennent ici sont souvent de Boffa, Kamsar, Boké, Dubréka et autres qui avaient des tuteurs ici. Donc, avec l’arrêt de l’usine, les tuteurs ne pouvaient plus  abriter les étudiants donc beaucoup ont déserté pour aller vers Boké et Kindia. Mais, avec la réouverture l’espoir est permis parce que les enfants ont commencé à affluer vers le centre de formation professionnelle de Fria.

Guineematin.com : quel est votre dernier message, surtout à l’endroit de votre ministre de tutelle?

Sory Kéita : l’appel que j’ai à lancer à notre ministre de tutelle, Albert Damantang Camara, c’est de nous aider à former les 30 nouveaux jeunes que nous venons de recevoir. C’est le primordial, la formation des formateurs, la formation pédagogique ou formation disciplinaire. Donc, il faut les mettre à niveau. Et ensuite, on va penser à élaborer les programmes qui sont en vigueur dans notre centre, c’est au centre de formation professionnelle de Fria où les programmes ne sont pas encore élaborés selon l’approche par compétence. Donc, si nous avons la chance d’avoir ces nouveaux programmes là et former les formateurs à l’exploitation de ces programmes là et les équipements qui vont venir, je crois que nous allons retourner à notre lustre d’antan parce que c’est le seul CFP qui forme encore dans la filière électricité industrielle. C’est mon espoir après cette formation et l’élaboration des programmes et surtout l’équipement des ateliers que tout va marcher ici comme avant.

De Fria, Siba Guilavogui pour Guineematin.com

 

Source : guineematin.com

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