Entretien avec Damantang Albert Camara, porte-parole du gouvernement (1ère partie)

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Le ministre de l’enseignement technique, de la formation professionnelle, de l’emploi jeune et du travail, Damantang Albert Camara, et par ailleurs porte parole du gouvernement, a accordé un entretien exclusif à Guinéenews. Une Interview, sans langue de bois, au cours de la quelle, il a abordé des questions de l’heure.

Dans cette première partie, Damantang Albert Camara revient sur ses sept ans à la tête de l’enseignement technique, de la formation professionnelle, de l’emploi et du travail, les acquis et les défis à relever.

Guinéenews.org : comment se porte votre département, sept ans après votre nomination ?

Damantang Albert Camara : je suis à la tête d’un département charnière, en termes d’accompagnement du développement de notre pays. A ce titre, il doit être à la pointe de tout ce qui se fait comme initiative pour améliorer la gouvernance et obtenir des performances. Pour y arriver, mes équipes travaillent d’arrache- pied pour répondre aux défis du moment comme l’amélioration de la formation, la construction de nouvelles infrastructures, l’amélioration de la pédagogie, le renouvellement des programmes, le renouvellement du corps enseignant et la rénovation des infrastructures à mettre à la disposition des apprenants. Nous avons fait beaucoup d’efforts dans tous ces secteurs. Le cas le plus illustratif, c’est le concours de recrutement des enseignants  de la formation professionnelle et de l’enseignement technique. Nous avons reçu 500 nouveaux  formateurs qui viennent s’ajouter aux 110- 120 qui sont actuellement en formation au Maroc. Pour votre information, la première cohorte  doit rentrer ces jours-ci. Nous avons également continué les constructions des chantiers des écoles régionales des arts et métiers sur financement du fond saoudien, deux autres sur financement de la Banque Islamique de Développement et le reste sur financement du budget national de développement. Les chantiers avancent très bien, je viens d’une tournée à l’intérieur du pays.

Ensuite, c’est la rénovation des programmes et le cadre de coopération que nous avons avec l’Organisation internationale de la Francophonie, l’agence française de développement et le Maroc nous permet d’être optimistes sur la remise à niveau des programmes de formations d’enseignement technique. Donc, sur les axes principaux de qualification de l’enseignement technique, je puis dire que nous sommes sur la bonne voie.

Guinéenews: l’autre défi auquel le pays est confronté, c’est le chômage des jeunes. Qu’avez-vous fait dans le cadre de l’emploi jeune ?

Damantang Albert Camara : nous avons multiplié l’installation des maisons de l’emploi et des compétences pour accompagner les demandeurs d’emploi sur le chemin de l’insertion professionnelle. Nous avons également multiplié les initiatives avec les ministères partenaires comme celui de la jeunesse pour faire de telle sorte qu’un projet comme le projet « booster les compétences » serve effectivement aux jeunes et nous avons des résultats encourageants à ce niveau. En ce qui concerne le travail, nous sommes entrain de procéder à une consultation avec les différents partenaires  pour un petit toilettage du code du travail pour qu’il réponde mieux aux aspirations du monde du travail guinéen, qu’il prenne en compte l’évolution du marché du travail et de protection des travailleurs. Ce sont là les grands axes sur les quels mon département a obtenu des résultats intéressants. Des offices et des établissements qui sont  rattachés à l’enseignement technique comme la Caisse nationale de la sécurité sociale a, également, fait beaucoup d’efforts sur l’enregistrement biométrique des assurés sociaux. L’office national  de la formation et du perfectionnement professionnel dans l’accompagnement des couches rurales et défavorisées a fait également beaucoup d’efforts de formation, d’accompagnement. Ainsi, je crois que le département fait ce qu’il faut pour répondre à sa lettre de mission.

Guinéenews : vous revenez d’une tournée à l’intérieur du pays, dites- nous en quoi consiste vos déplacements dans l’arrière- pays ?

Damantang Albert Camara : du point de vue politique, il faut que les guinéens se rendent compte que la Guinée ne se résume pas qu’à Conakry. Nos compatriotes de l’intérieur du pays ont également le droit d’être proches de leurs administrateurs et des autorités à tous les niveaux. Donc, c’est important d’’aller recueillir les informations au près des populations, échanger avec elles et leur passer le message du gouvernement dans les secteurs qui sont les nôtres. Dans chacune des grandes villes du pays, il y a des démembrements de l’enseignement technique, de la formation professionnelle, de l’emploi et du travail. Je vais régulièrement discuter avec eux de ce qui se passe mais également avec les administrés de comment ils ressentent la fourniture de ce service public qui est la formation et l’accompagnement sur le chemin de l’emploi et l’encadrement du travail. Je vais donc à chaque fois rencontrer les responsables à tous les niveaux et à chaque fois, ce sont des renseignements précieux et des directives que nous échangeons pour leurs permettre de mieux administrer leurs services. Je vais directement visiter physiquement les centres de formation professionnels car il y a toujours un petit détail que la direction locale ou le directeur du centre ne voit pas forcement et qu’au niveau central nous ne le savons pas non plus et qui nous permet de toucher de la réalité ces différents défis qui se posent à eux. Actuellement, le plus important c’est le suivi des chantiers des quatre écoles régionales des arts et métiers qui vont être un vecteur pour booster la formation professionnelle dans le pays et apporter un souffle nouveau à l’attribution des compétences aux jeunes guinéens. Le chantier de N’zérékoré, par exemple, avance bien. J’irais visiter les autres chantiers. Je crois que bientôt, la Guinée sera fière d’avoir quatre écoles, qui seront peut-être les plus grandes dans la sous- région.

Guinéenews : tout pays, pour se développer, repose sur ses cadres moyens. Sauf qu’en Guinée, tout le monde veut faire les hautes études. Alors, que faites-vous, concrètement, pour renverser cette tendance ?

Albert Damantang Camara : vous avez touché du doigt un immense défi. Votre analyse est parfaite. C’est vrai que jusqu’à présent ce problème continue à se poser même si beaucoup d’efforts ont été faits. Je vous donne juste une statistique, cette année nous avons obtenu 18 000 candidatures pour entrer dans les écoles professionnelles quand l’année dernière, nous nous étions limités à 12 000 candidats. Qu’est-ce qui s’est passé entre temps ? Nous avons fait de la communication avec des affiches, des spots à la télévision pour inciter les parents parce que la vraie question, ce sont les parents qui orientent leurs enfants à inscrire leurs enfants dans les écoles professionnelles. Les jeunes aussi ont été sensibilisés et cela a augmenté à plus de 51% les demandes d’inscriptions. On va faire les corrections et on verra en fonctions de nos capacités d’accueil tous ceux qui peuvent rentrer à la formation professionnelle. Mais dans le cadre de la concertation avec les autres départements de l’enseignement supérieur, le pré-universitaire, nous sommes tous d’accord pour donner plus de visibilité à la formation professionnelle afin qu’on renverse cette pyramide et que ce paradigme qui fait que les gens préfèrent aller à l’université soit modifié dans le sens d’aller plutôt vers l’apprentissage des métiers.  Ceci n’aura de sens que si effectivement on a une proposition à faire aux gens. Ça ne sert à rien de dire aux jeunes venez à la formation professionnelle, s’il n’y a pas suffisamment de places avec des mauvaises conditions d’études, pas assez d’équipement, pas assez d’enseignants. Donc, cette problématique existe. Elle n’est pas propre à la Guinée. Mais nous en faisons un point d’honneur. Le président de la république l’a dit à plusieurs fois que la formation professionnelle est la deuxième priorité du département. C’est la raison pour laquelle, il a mis la main à la poche pour débloquer la construction des écoles régionales des arts et métiers. Il appelle régulièrement pour s’enquérir de l’état d’avancement des travaux. Je pense que tout le monde doit s’y mettre, les médias aussi, pour changer cette vision de la formation professionnelle et faire prospérer le slogan qui est le nôtre aujourd’hui et qui dit que : « le développement a besoin de tous les métiers, et tous les métiers mènent à la réussite ».

Guinéenews : la Guinée est un pays minier par excellence. Aux compagnies minières qui veulent s’installer chez nous, vous exigez la transformation des matières premières sur place. Alors, qu’est-ce qui est fait pour former des jeunes capables de répondre aux attentes des entreprises minières, qui voudront travailler en Guinée demain ?

Albert Damantang Camara : il faut être franc, cette adéquation n’existait pas. C’est pourquoi, nous orientons les demandeurs, en priorité, vers le génie et les métiers porteurs. Pendant longtemps, tout le monde allait vers le tertiaire. Certains ont fait le génie informatique, c’est bien, mais ce n’est pas forcément ce que le marché demande. Les entreprises ont besoin de maçons, de plombiers, d’électriciens et de menuisiers. En terme de qualité et de quantité, il en manquait. Nous corrigeons ce gap. Mais comment ? En associant les professionnels et le privé à la formation. Il ne sert à rien de rester à vase clos, plutôt associer les utilisateurs de la main d’œuvre à la formation. Nous avons mis en place des conseils d’établissement dans lequel le privé est associé. Un exemple, c’est l’ENAM.

A l’ENAM, c’est un ancien de l’école, qui est la tête du conseil d’administration. Il a permis de multiplier plusieurs initiatives pour permettre à l’école de former en considération des besoins du marché. Aujourd’hui, il n’est pas question que nous formions en interne sans associer le privé pour que la cohorte qui sorte chaque année corresponde à ce dont ils ont besoin.

Guinéenews : certains se plaignent de la qualité de la formation. Quelles dispositions comptez-vous prendre pour corriger ces lacunes ?

Albert Damantang Camara : cette question est un défi lié à la qualité de l’enseignement, à la qualité des infrastructures, à la qualité des équipements, à la qualité des programmes sans compter la qualité des formateurs. Ce sont ces différents axes que nous redressons actuellement avec l’aide de nos partenaires à travers des prêts remboursables à taux préférentiels  pour avoir des écoles qui répondent à ces critères. Acheter des équipements neufs qui répondent aux besoins pédagogiques, former des formateurs, acheter des programmes. Nous sommes sur cette dynamique qui a déjà commencé  depuis maintenant plus de deux ans qui va se poursuivre dans les années qui viennent pour que la formation corresponde aux besoins du marché.  Au-delà, il y a également la question des capacités d’accueil. J’ai demandé aux centres de formation cette année d’être stricts sur la capacité d’accueil. Un groupe d’enseignement technique c’est 24 apprenants, vous avez des salles où il y a cent personnes. Les élèves ne peuvent pas absorber la formation qui leur est dispensée dans ce cadre. Les contraintes budgétaires font que par exemple pour évaluer en fin d’année quelqu’un qui a fait la menuiserie là où un apprenant devrait être seul à construire une chaise, on est obligé de mettre cinq pour le même boulot et noter sur cette base. Cela ne sera, ni efficace, ni de qualité. C’est pourquoi, petit à petit, nous diminuons les effectifs dans les classes malgré les récriminations de plusieurs chefs d’établissements et c’est pourquoi, il faut qu’il y ait beaucoup plus de centres de formations pour que tous ceux qui n’ont pas accès à la formation professionnelle aient des possibilités.

Guinéenews : au cours du premier mandat, on vous voyait présent dans les médias. Mais au cours du second mandat, on a eu l’impression que vous avez changé de stratégie. Qu’est-ce qui explique cela ?

Damantang Albert Camara : mon absence relative des médias au cours de ce deuxième mandat résulte, directement, de cette initiative prise par le Chef de l’Etat de mettre en place la cellule de communication du gouvernement. Nous avons beaucoup appris au cours du premier mandat. Lorsque le président a visité, pendant la campagne électorale de 2015, les préfectures, sous- préfectures et districts, il s’est rendu compte du déficit de communication. Dès son retour, il a décidé de booster la communication du gouvernement, en mettant en place cette cellule de communication du gouvernement composée de certains de vos collègues.

Guinéenews : dites plutôt que vous nous avez piqués des amis…

Damantang Albert Camara : nous avons fait ce qu’on appelle aussi un Mercato (rire). Mais on pique nos cadres aussi (rire). Bon, c’est une équipe d’une dizaine de jeunes, qui se débrouillent très bien. Nous avons des pays de la sous-région qui viennent prendre l’exemple sur notre cellule de communication. Des pays qui sont censés être en avance sur nous dans ce domaine. C’est vraiment une réussite mais il reste encore beaucoup à faire. De l’autre côté, le président de la république a mis la pression sur les ministres pour qu’ils communiquent, eux-mêmes, leur résultat. En tant que porte-parole du gouvernement, je peux faire passer la communication du gouvernement mais je ne peux pas faire la communication d’un ministère sur des aspects techniques, qui le concernent, à moins d’être briefés longuement avant. Nous avons également mis les ministres devant leur responsabilité. Ce qui fait que je n’ai pas besoin d’être présent dans les médias.

 Entretien réalisé par Fatoumata Dalanda Bah, Apha le Sérum et Abdoulaye Bah. 

(Prochainement, la deuxième partie de l’entretien)

 

Source : guineenews.org

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