Lamarana Sadio Diallo, DG du Crédit Rural de :« les comptes passeront sûrement bénéficiaires en 2017 ; tous les indicateurs nous l’indiquent »

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Il y a quelques jours, un rapport du ministère de l’économie et des finances évoquait les pertes subies par le Crédit Rural de Guinée durant la période 2015-2016. Dans cette interview accordée à Guineenews, Monsieur Lamarana Sadio Diallo, Directeur Général du CRG parle en détails de son institution financière, des difficultés traversées et de la situation actuelle du CRG. Entretien, à bâtons rompus…

Guineenews : De nos jours, il est quasiment impossible de parler de microcrédit en Guinée sans évoquer le Crédit Rural de Guinée (CRG). Comment se porte cette institution financière ?

Lamarana Sadio Diallo : Le CRG est effectivement la plus grande institution de micro-finance du pays : elle est  présente partout en  Guinée dans  les villes comme dans les villages, même les plus reculés. Depuis sa création il y a une trentaine d’années, le CRG s’est fortement investi dans le développement socio-économique du pays en mettant à la disposition des populations laborieuses, notamment celles exclues du système bancaire formel, des services financiers adaptés et accessibles à tous, sans discrimination aucune. Il est l’un des rares projets de l’Etat guinéen à pouvoir traverser le temps et demeurer encore une institution toujours à même de répondre aux besoins financiers réels des citoyens de notre pays. L’épidémie d’Ebola survenue en 2014 avait fortement perturbé nos activités mais aujourd’hui la situation est très bien rétablie et nous pouvons aller de l’avant, toujours au bénéfice des populations.

Guineenews : Pourtant, ces derniers temps, un rapport du ministère de l’économie et des finances  mentionnait des pertes notamment pour les années 2015 et 2016 ?

LSD : Justement, les années 2015 et 2016 étaient des années de redressement après l’épidémie d’Ebola. En dépit de tout, les résultats se sont progressivement améliorés sur la période évoquée, même si le réseau est resté globalement déficitaire. Il reste évident qu’une seule année de reprise ne pouvait permettre d’éponger les conséquences dramatiques de la maladie à virus Ebola. De manière globale, l’entreprise avait subi de lourdes pertes en termes de provisions et autres efforts pour garantir sa pérennité. Mais grâce à l’engagement de l’ensemble du personnel, nous pouvons annoncer que les comptes passeront sûrement bénéficiaires en 2017. Tous les indicateurs de suivi des activités en notre disposition nous l’indiquent.Lamarana Sadio Diallo, DG du Crédit Rural de :« les comptes passeront sûrement bénéficiaires en 2017 ; tous les indicateurs nous l’indiquent »

Guineenews : Comment vous êtes-vous organisés pour redresser cette situation difficile ?

LSD : Pour sortir de cette situation il nous a fallu beaucoup d’écoutes et de rigueur dans la gestion afin d’adapter nos interventions selon les cas. Nous sommes restés à l’écoute de tout le monde ; populations, autorités et autres acteurs sociaux pour, soit adapter les échéanciers, soit passer en pertes les restants dus en fonction du niveau d’affectation de la famille par la maladie ou encore rééchelonner les crédits si cela était possible. Il fallait rendre notre gestion plus rigoureuse ; nos produits ayant été fortement affectés non seulement par la baisse de l’activité  mais aussi et surtout par une situation économique peu favorable. Il fallait contrôler les dépenses pour limiter les dégâts. Durant cette phase, l’engagement des salariés qui se sont abstenus de toute forme de réclamations ou d’augmentation de salaires est à saluer. C’est d’ailleurs à  cause de la façon dont nous avons géré l’épidémie dans le pays sans abandonner la population, en participant efficacement dans la sensibilisation, à l’équipement et par la mise en place des dispositifs adaptés de paiement et de financement, que nous gagné le prix européen de la micro finance en 2015.

Guineenews : Une institution de microcrédit dans un pays comme la Guinée suscite à la fois de l’espoir mais parfois de la méfiance pour ceux qui n’ont pas l’habitude de gérer rigoureusement leurs finances. En général quels sont vos rapports avec les clients ?

LSD : Nous avons d’excellents rapports avec nos clients. C’est ce qui explique d’ailleurs la croissance du nombre d’adhésions chaque année pour atteindre les 400 mille adhérents aujourd’hui.

Beaucoup ont démarré leurs activités grâce au fait que le CRG leur a fait confiance parfois sans aucune garantie valable. D’autres nous rejoignent tous les jours parce qu’ils ont compris que le CRG reste la meilleure institution à leur service. Il y a aussi un pourcentage négligeable (moins de 2%) de clients  qui sont parfois des indélicats comme dans toute activité surtout dans le domaine du crédit. Dans tous les cas, le CRG préfère toujours gérer ses contentieux à l’amiable.

Guinenews : Pourquoi avez-vous décidé de consacrer 30% des prévisions de crédits en 2018 au secteur agricole, particulièrement aux femmes et aux jeunes ?

LSD : Premièrement c’est parce que c’est une activité rentable dans notre réseau et  c’est le produit qui se rembourse le mieux. Quant aux  jeunes et aux femmes c’est la couche la plus productive. Deuxièmement, notre réseau s’inscrit aussi en droite ligne de la vision de nos autorités au plus haut niveau. L’enveloppe globale de crédit est estimée cette année à environ 210 milliards de francs guinéens.

Guineenews : Depuis le temps que vous accordez des crédits aux petits entrepreneurs, quelle est l’expérience qui vous a le plus marqué et qui pourraient motiver tout le monde à être client du CRG ? Racontez-nous…

LSD : Je dirais les expériences sont nombreuses  et variées. L’une d’entre elles est représentée par les contrats villageois. Au départ, personne ne voulait venir jeter de l’argent dans les villages. Grace à ce dispositif,  nous sommes arrivés à transformer les villageois en véritables banquiers puisqu’ils sélectionnent eux-mêmes ceux qui ont droit au crédit et recalent démocratiquement ceux qui n’ont pas la confiance du village. Une autre expérience heureuse est que nous donnons des crédits également aux fonctionnaires surtout ceux des villages reculés et cela leur évite de parcourir des Km pour venir s’endetter en ville à des taux usuraires. C’est pour eux un vrai soulagement.

Guineenews : Pourquoi selon vous le microcrédit devrait avoir une place plus importante dans les petites et moyennes entreprises en Guinée ?

LSD : Parce que la demande est importante,  nos jeunes et nos femmes ont des idées qui méritent d’être financées et tous n’ont pas la chance de répondre aux conditions des banques ou n’ont même pas accès aux banques. Le microcrédit est donc de loin, ce qu’il faut pour les PME à cause de la dimension humaine et à cause de conditions d’accès favorables.

Guinenews : On évoque souvent le taux intérêt comme un frein qui repousse les petits entrepreneurs et qui par conséquent limite la croissance du secteur du micro crédit dans ce pays ?

LSD : Déjà, je vous signale que le CRG a revu ses taux à la baisse. Au-delà, je pense que le débat le plus pertinent qui mérite d’être est que l’activité à financer doit être bien analysée, bien menée et sa rentabilité assurée. Nos taux d’intérêts ont une structure qui tient compte des couts réels supportés afin de maintenir les bases de l’institution. Ils n’ont nullement vocation de ruiner nos clients, loin s’en faut.

Guinenews : Question pratique : comment avoir accès aux crédits alloués par le CRG ?

LSD : Les conditions d’accès au crédit sont fortement allégées. Pour bénéficier d’un crédit au CRG il faut adresser une demande et être accepté par le comité de gestion de la caisse, être porteur d’un objet de crédit licite et rentable, être résident de la localité qui abrite la caisse, obéir aux conditions de la caisse (paiement d’un droit d’adhésion, respect des principes) et enfin être de bonne moralité.

Guinéenews : Et comment peut-on devenir épargnant au CRG ? Quels sont les avantages qu’on pourrait en tirer ?

LSD : Nous avons les conditions les plus accessibles dans ce domaine. Pour être épargnant  au CRG il faut d’abord payer un droit d’entrée qui donne droit à un livret, ensuite apporter les pièces administratives : carte et photo d’identité, certificat de résidence, extrait de naissance, etc. Enfin il faut au moins apporter 20 000 GNF pour une personne physique et 50 000 GNF pour une personne morale. Les avantages qu’on peut tirer du statut d’épargnant sont la sécurisation de l’épargne, l’opportunité de le fructifier et la possibilité de bénéficier d’un crédit du CRG.

 

Guineenews : Quelles sont les perspectives que vous entrevoyez pour le CRG et pour le microcrédit en général dans ce pays ?

LSD : Nous entrevoyons de moderniser nos interventions en utilisant au maximum les nouvelles technologies pour amoindrir nos coûts d’interventions et offrir à nos clients de nouveaux services  de plus en plus performants.

En général, le microcrédit se développera  davantage car de nouvelles institutions s’installent. Les institutions de micro-finance sont incontournables pour relever le niveau de bancarisation dans le pays et permettre à la majorité d’accéder à des financements de qualité pour leurs multiples entreprises.

Guineenews : Un dernier mot ?

LSD : Nous vous remercions pour cette interview. Nous lançons un appel à tous et à toutes, surtout à nos autorités pour les inciter à s’intéresser davantage au secteur de la micro-finance. Nous pensons que le CRG est un outil formidable pour la réduction de la pauvreté et des inégalités. C’est une structure aujourd’hui à la disposition de tous les acteurs économiques y compris l’Etat. Nous demandons à notre clientèle de continuer à nous faire confiance et nous restons à leur écoute pour nous améliorer. A tous les acteurs internes et externes, nous demandons de rester mobilisés pour que notre entreprise reste le leader du secteur avec de nouvelles performances.

 

Source : guineenews.org

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